C'est le milieu de la nuit, et je viens de retourner d'une longue journée. Tifa s'est encore endormie sur le canapé, et je la porte en haut, la plaçant dans le lit avec un doux baiser sur la joue. Elle sourit légèrement dans son sommeil, et je pars.
Je ne me soucie pas de manger ou de me changer, je ne vais même pas m'occuper de mes cartes ce soir. Je suis juste trop fatigué. Je me glisse dans mon pyjama, et tombe dans mon lit la tête la première. C'est seulement une seconde plus tard que je me rappelle de fermer mon téléphone. Je m'offre un jour de congé pour demain.
Lorsque je me réveille, ma vision est brouillée, je ne sais même pas où je suis. Pour une certaine raison, je suis debout. Je m'avance, frottant mes yeux, clignant pour les ouvrir.
Je veux les refermer, mais je ne peux pas.
C'est elle, et elle est agenouillée comme elle l'était des années auparavant, à genoux et priant. Je sens ma gorge qui se serre.
Pourquoi dois-je revivre ce moment? Pourquoi ?
Je sais déjà ce qui va se passer, alors pourquoi ne puis-je pas bouger? Pourquoi ne puis-je pas l'arrêter?
C'est sa réplique maintenant, il tombe du plafond, ce rictus maléfique plaqué sur son visage. Puis il perce son estomac.
Elle est choquée, mais je ne le suis pas, et je me sens coupable pour ça.
Je ne sais pas combien de fois j'ai fait ce cauchemar, combien de fois j'aurais pu l'arrêter, mais je ne peux pas.
Et elle tombe en avant, mourrant déjà, et il est parti, et je m'élance en avant, essayant de la retenir avant qu'elle ne heurte le sol. Je l'attrape, le sang s'écoulant de son estomac et formant une cascade sur les marches, et je fixe le dos de sa tête, effrayé de la retourner, mais sachant que je dois le faire en même temps ; Je soulève lentement son menton.
Toutes les fibres de mon corps se figent. Mon souffle ne me revient plus, et je n'ai même pas envie de respirer. Je n'ai même pas envie de vivre.
Je l'appelle, je lui crie de revenir, pour me tuer moi aussi.
Parce que pour une fois, ce n'est pas Aerith que je tiens...
C'est Tifa.
Je sens ma voix qui s'élève, mon cri s'échappant de ma gorge quand je me rends compte qu'il ne reviendra pas. Il s'éternise, faisant écho dans la nuit.
Puis je sens des mains sur mes épaules, et une voix à mon oreille.
“Cloud! Cloud!”
C'est alors que mes yeux s'ouvrent, et que je la vois. Vivante, respirant et me fixant d'un regard inquiet. Je n'y réfléchis pas deux fois et j'enroule mes bras autour d'elle.
Elle est vivante...Oh Dieu Merci, elle est vivante.
“Shh, Cloud, c'est bon, c'est bon.”
Elle a enroulé ses bras autour de moi et me serre fort. Ma respiration se stabilise, et c'est alors que j'entends la porte d'ouvrir.
“Cloud?” demande Denzel.
“C'est bon Denzel, tout va bien...” Tifa doit me laisser pendant un moment, menant Denzel dehors.
Je suis maintenant assis, m'éclairant les idées, lavant de mon esprit de tout ce qui aurait pu provoquer ce cauchemar. Elle est bientôt de retour, et elle referme la porte derrière elle. Elle s'avance jusqu'à moi, et se tient debout à côté du lit.
“Comment as-tu su?” demandé-je, étudiant ma couverture.
“Je crois que c'est quand tu as commencé à lui crier de revenir pour te tuer. Et ce cri, Cloud, ça aurait pu faire effondrer la maison. Mais par chance, Denzel et Marlène vont bien maintenant. Tu m'as vraiment fait peur, est-ce que tu vas bien?” me demande-t-elle, de la peine dans la voix.
J'acquiesce, chancelant.
“...Je suis désolée, je ne voulais pas dire ça si durement, tu m'as juste vraiment effrayée. Qu'est ce qui pouvait être si horrible pour que tu aies envie qu'il te tue, Cloud?”
Je ne peux pas répondre, et je grimace.
“Je suis désolée de t'avoir réveillée.” C'est tout ce que je peux dire.
“Ne sois pas désolé, et puis de toute façon, tu ne m'as pas réveillée.”
Je lève les yeux, surpris.
Elle me sourit tristement, “Tu n'es pas le seul à faire des cauchemars, Cloud.”
J'acquiesce, comprenant.
“ Penses-tu...que nous pourrons un jour dormir en paix?”
“Je ne crois pas qu'on le mérite.”
Je hoche la tête en signe d'accord.
“Mais tu vas bien, maintenant? Je suppose que celui-là était différent des autres...”
Je parviens seulement à acquiescer encore ; rien ne me fera jamais lui dire ce de quoi j'ai juste rêvé.
“Je comprends” dit-elle, se levant.
“Bonne nuit, Cloud.”
Elle s'en va...Je ne peux pas la laisser s'en aller, pas après ça.
“Attends.” Murmuré-je, me penchant pour saisir son poignet.
Elle me fait lentement face, et je détourne le regard.
“Reste.” dis-je doucement.
“D'accord.”
Le lit grince alors qu'elle s'y installe. C'est maladroit d'abord, essayer de s'allonger dans mon lit et puis glisser sous les couvertures, mais elle y parvient finalement, et elle me fait face, et je lui fais face. Nous nous regardons pendant un moment, et elle sort sa main, la plaçant dans l'espace entre nous, puis hoche une fois la tête.
Je sors la mienne, entrelaçant mes doigts avec les siens, et je la regarde.
Je ne me souviens plus lequel d'entre nous a fermé les yeux en premier.